Bon. Vous aussi hier, vous vous êtes levés, vous avez allumé votre TV, votre radio, votre ordinateur et là vous avez vu, entendu ou lu « Pierre Lescure, ancien PDG de Canal+ et rapporteur de la mission pour l’acte 2 de l’exception culturelle supprime Hadopi » et votre coeur a fait un bond. Hadopi est mort, vive Hadopi ! Vous allez enfin vous remettre à télécharger sans stresser à chaque ouverture de µTorrent.
Que nenni. Quelques secondes après, vous apprenez en réalité que le système persiste, malgré quelques modifications. C’est ce qu’on appelle un ascenseur émotionnel.
Hadopi n’est pas mort et M. Lescure a d’autres mesures à proposer dans sa poche.
Qu’est-ce qui nous intéresse de prime abord en tant que consommateur/internaute ? Ben oui, restons pragmatique, vous voulez savoir ce que cela implique pour vous, maintenant.
- Hadopi n’est donc pas mort, c’est en réalité le CSA qui reprend cette sphère de compétences. Argument ? Séparer le numérique de l’audiovisuel à une ère comme la nôtre n’a pas de sens, puisque les deux sont liés (cf la TV en replay, les chaînes en ligne etc… justement on parlait du lancement des chaînes payantes Youtube récemment). Soit. N’allons pas faire doublon quand il n’y a pas besoin.
- Et alors, si Hadopi ne meurt pas, rien ne change ? Si. Les « punitions ». Une punition de 60€ pour la fameuse négligence caractérisée (par ici la définition) au bout du 3e avertissement au lieu des 1 500€ précédemment. LOL vous dites-vous. Ne vous esclaffez pas trop vite, car du coup ces sanctions de 60€ seront attribuées sans l’intervention d’un juge, donc plus systématiques. Bon ok, ça ne reste tout de même que 60€, à vous de faire le calcul de rentabilité par rapport à ce que vous téléchargez… Mais finie la sanction de suspension de l’abonnement internet, vous ne craignez plus rien, cette mesure a été abandonnée. Et pourquoi 60€ au fait ? Parce que cela correspond à 1 an de streaming Deezer selon Sieur Lescure. Deezer serait donc une sorte d’indice Big Mac du web. En tout cas, vous l’aurez compris, la réponse graduée reste en place.
- La taxe sur les ordinateurs, les tablettes, les smartphones toussa toussa… à 1%. Ça va vous couper l’envie de changer tous les ans. Pourquoi cette taxe et au nom de quel principe ? Celui de la copie privée. Ben oui, avant vous aviez les VHS vierge, les cassettes audio (cf notre logo vintage), les disquettes puis les CD et DVD vierges, les clefs USB etc. Avec l’ère du cloud, du streaming, les contenus sont dématérialisés et il faut bien rattraper l’argent perdu quelque part. Où donc ? Ben sur les supports de diffusion. Donc votre ordinateur, votre tablette, votre smartphone toussa toussa…
Voilà en gros, les 4 points qui vous concernent le plus directement.
Ensuite, il y a beaucoup de négociations et beaucoup de diplomatie à faire et ça personnellement, je suis un peu plus sceptique sur cette usine à gaz. En voici les points essentiels (le détail est ici, dans cet article de Libé ) :
- Mettre tout le monde d’accord sur des bonnes pratiques de l’Internet à savoir les moteurs de recherche, les acteurs du web comme les régies pub etc pour contrecarrer la contrefaçon
- Un taux de TVA identique pour un bien culturel quelque soit son support de diffusion (DVD ou en VOD par exemple)
- La règle de chronologie des média est appliquée à tout le monde. Oui, même vous les Améwicains.
- Les artistes diffusés de manière légale devront être mieux payés, puisque pour l’instant, ce sont les intermédiaires qui se remplissent les fouilles.
Au final, que retient-on ? Des mesures pas toutes déconnantes (je pense au transfert au CSA, la fin de la sanction ultime de l’arrêt de l’abonnement à Internet, les mises à disposition des films sur en VOD avancées, la rémunération des artistes). Et d’autres qui semblent difficiles à mettre en place, en gros, le reste quoi.
Quel sera l’impact de la taxe sur les appareils pour le consommateur ? Et du coup sur le marché français ? 1% cela semble peu, mais quel sera le réel impact en termes business pour le pays, en termes d’échanges commerciaux ?
Et dans la même veine, quel impact pour le consommateur d’un taux de TVA unique pour un même produit culturel ? Revu à la hausse ? A la baisse ?
Comment mettre en place les négociations avec d’autres acteurs du web d’autres pays quand les intérêts ne sont pas forcément partagés, dans un domaine aussi vaste et libre qu’Internet ?
Je suis abonnée Spotify et mon rêve à moi de petite novice du web, ce serait d’avoir le même service en films et séries. Parce qu’on vit dans l’immédiat et que je préfèrerais largement payer (pas trop cher non plus) et visionner mes programmes préférés, que de les voler. Car oui, il ne faut pas oublier que le streaming et le téléchargement illégal ben c’est du vol. Alors certains vous diront que non pas forcément, car ce que l’on a gratuitement, ce n’est pas dit qu’on l’aurait acheté à la place de le voler. Certes. Mais cela représente une bonne perte de potentiel business.
Et puis zut quoi, on en profite alors pourquoi ne pas payer pour ? De deux choses l’une, soit le système est ultra répressif et on ne s’offre donc plus le luxe de pirater, mais sincèrement c’est dommage de se couper de cette ouverture, c’est ce qui fait la richesse du web. Soit on ouvre les choses de manière intelligente, construite pour permettre un accès équitable à tous mais surtout SURTOUT SURTOUT on éduque les internautes et les internautes en devenir. Tout comme on apprend à ne pas frapper, jeter son chewing gum par terre, voler dans la magasins à l’école, on devrait aussi apprendre à ne pas voler des fichiers dématérialisés. Et à ne pas se servir juste parce que c’est gratuit, et inculquer la vraie valeur de la culture.

Source image : www.franceinfo.fr
Toute l’interview de Pierre Lescure ici sur PCInpact.